Nos provinces, une chance pour la France

La nouvelle petite noblesse d’Etat, forgée dans le moule comptable et technocratique, a pris l’habitude -et depuis longtemps- de nous regarder avec commisération. Notre tort ? Nous, les habitants de la France des provinces, nous refusons de lui ressembler. Singer des individus uniformes, aseptisés, ultra-connectés mais déracinés. Non merci, vraiment !

Disons-le franchement, les enfants gâtés de l’ultra-libéralisme, pour leur part, tentent d’imposer leur vision du monde : un modèle individualiste, consumériste à l’excès, négateur de notre histoire et de notre exception culturelle, vénérant New-York mais ne sachant pas situer Châteauroux ou Montauban, prônant l’ouverture mais érigeant des ghettos aux remparts invisibles, symboliques ou financiers ; un modèle de la métropole mondialisée ressuscitant des petites féodalités.

Pour ma part, avec une grande majorité de français, je n’adhère pas à ce modèle qu’on souhaiterait par tous les moyens nous imposer : loin des nouveaux jacobins enfermés dans l’obsession du chiffre, de la statistique et de la rentabilité, nous croyons tout à la fois en un Etat fort et protecteur mais aussi en notre Nation unissant nos identités provinciales. Paris n’est pas toute la France et toute la France ne rêve pas comme Bercy.

La France populaire et rurale n’est pas ringarde. La France « périphérique » ne doit plus se sentir en déclin. Bien loin des poncifs de la pensée dominante fondée sur le diptyque métropolisation- mondialisation, la majorité des français vit aujourd’hui dans une commune de moins de 10 000 habitants. Le sait-on ? Le dit-on ? Non.

L’État déverse, depuis des décennies, des sommes astronomiques pour toujours plus de rénovation urbaine, toujours plus dans les transports urbains, toujours plus de densité urbaine, de mobilité embouteillée et d’anonymat social. Pourtant, ce n’est pas, du tout, ce à quoi aspirent les français.

On ne peut pas comprendre la France des provinces quand on n’a pas chaque matin, l’occasion d’aller travailler en admirant le lever du soleil sur la Dordogne ou sur des champs millénaires façonnés par des générations d’agriculteurs, l’émotion de voir la faune s’éveiller dans l’écrin de nos montagnes ou du marais poitevin ou la chance de profiter des odeurs du marché provençal qui s’installe sur la place du village. Ce modèle-là n’est pas celui d’un métro souterrain où, résigné et contraint, l’Homo oeconomicus s’engouffre pour aller travailler au service du village global, sans prêter la moindre attention à son proche voisin.

Face aux idéologues du vivre-ensemble, aux illuminés du vivre-plus-vite-et-plus-loin, je prône le modèle du vivre-mieux. Ce vivre-mieux n’est possible que dans l’enracinement de la France des villages et des visages, celle des solidarités et des cercles d’appartenance.
Bien sûr que nous devons avoir l’ambition d’une France conquérante. Bien sûr que nous ne devons pas opposer mais réconcilier la France des métropoles et des provinces. Mais pour atteindre l’universel, il faut des ailes mais surtout des racines.

Il est temps, au nom de l’équilibre et de la justice, que la France des provinces bénéficie en priorité des politiques publiques. Il ne s’agit pas d’entretenir une quelconque nostalgie mais d’entrer de plain-pied dans la modernité. Le vivre-mieux de la société française est la condition de son unité et du renforcement de notre adhésion collective à la patrie.

Des idées concrètes et recueillant l’adhésion pourraient y concourir : accession sociale à la propriété, « chèque-carburant » pour les travailleurs du monde rural, obligation d’installation des jeunes médecins, aide financière pour les étudiants poursuivant des études supérieures, aide à la réhabilitation de logements à l’année en milieu rural, exonération de certaines charges pour les commerces de communes de moins de 1 000 habitants…

Je suis convaincu que le redressement de la France viendra de la force tranquille de nos provinces qui abritent les « héros de demain ». Je pense aux élus locaux qui donnent beaucoup pour servir le bien commun, aux ouvriers qui ne se plaignent jamais, aux français qui se lèvent tôt, aux entrepreneurs qui prennent des risques, aux familles qui se battent pour élever leurs enfants, aux instituteurs qui poussent l’esprit de notre jeunesse, aux jeunes qui prennent souvent des initiatives originales et positives pour nos campagnes. A tous ceux qui croient à la permanence d’une culture française, tramée dans 2 000 ans d’histoire, aux immigrés qui aiment la France, aux anciens combattants à qui nous devons notre liberté, à tous les français qui sont cette France oubliée des territoires, je dis : soyons fiers et conquérants car nous sommes l’avenir et la chance de la France. Car c’est par le bas que se forge le haut. Ce sont les provinces de France qui nous feront renouer avec le chemin de la grandeur.

F.D

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